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Femmes en marge 3/3 : Ulli Lust, Trop n’est pas assez ⚠️⚠️

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[Avertissement : pour public averti – violences sexuelles]

Variation punk sur l’air de « on n’est pas sérieux quand on a 17 ans » ?

Trop n’est pas assez est un roman graphique autobiographique paru en 2010 pour l’édition française, qui a reçu plusieurs prix les années suivantes.

Ulli Lust, auteur, illustratrice, éditrice, revient sur quelques mois de sa vie, durant l’été 1984. Ulli a alors 17 ans et vit à Vienne. Elle évolue alors dans le milieu punk de la capitale autrichienne. Elle fait la connaissance d’Edi, une jeune femme plus ou moins punk, mineure en fugue. Elles décident de partir passer l’hiver en Italie, sans argent, sans vêtements, sans papiers. L’escapade durera jusqu’en octobre où, en Sicile, Edi ayant pris un autre chemin, Ulli décide de rentrer.

Le récit est ponctué d’extraits du journal que tenait Ulli lors du voyage, et de documents et de photos de sa famille et de ses amis.

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L’histoire d’Ulli m’a laissé un temps perplexe tant il fait résonner nombre de sentiments contradictoires et ravive, comme en chacun sans doute, des souvenirs d’envie de jeunesse, ou plutôt des souvenirs de cet état d’esprit propre à la fin de l’adolescence, avant l’entrée dans l’âge adulte. Le récit, les dessins sont crus, sans concessions pour personne, y compris pour celle qu’Ulli était à 17 ans. Écrivant avec le recul de ses quarante ans, l’auteur porte un regard très lucide, mais sans amertume sur ce périple quasi initiatique – initiation « à la dure ». Dans cette Autriche endormie des années 80, Ulli fuit une famille très ordinaire, rurale, mais aimante, soucieuse d’elle. Cet amour familial, Ulli ne le voit pas, et semble étouffer dans l’été viennois. Envie d’ailleurs, quoi de plus naturel à 17 ans ?

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Le milieu punk ne lui convient en réalité, pas tout à fait : elle rejette totalement la violence (on retrouve cette disposition dans Alors que j’essayais d’être quelqu’un de bien).

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Au cours du récit, on constate que l’entourage d’Ulli ne se regroupe pas autour d’une idéologie franchement marquée No Future, mais voit plutôt s’agglomérer des jeunes bien plus en rupture qu’elle, souvent issu de familles défaillantes. Ainsi, de Herbert, 14 ans :

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Le début du périple est assez bon enfant : la traversée des Alpes, l’auto-stop, l’arrivée à Vérone, où Ulli réalise que son amie Edi vit une sexualité pour le moins sans tabous, la révélation à l’opéra de Vérone, où se joue Carmen.

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Très rapidement, le périple se finance plus ou moins par un échange tacite nourriture/toit contre sexe, et même si ces rencontres d’un soir semblent plutôt agréables, elles ne le sont pas toutes pour Ulli.

Rome sera l’acmé de ce voyage : la grande ville éternelle où les deux copines sont entrainées par d’autres jeunes aventureux à un concert des Clashs, trainent dans la journée sur la magnifique Piazza di Spagna et dorment la nuit dans les jardins de la villa Borghese. Ulli est au paradis.

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Le chapitre IX annonce la fin de la parenthèse enchantée. Intitulé « Le piège », la dernière partie de l’aventure va transformer cette simple fugue estivale en voyage au bout des propres limites d’Ulli, expérience extrême qui, on le devine, la marquera à jamais. Les amis de la Piazza di Spagna quittent peu à peu Rome où l’automne s’installe. Edi s’est trouvé un mec, Andreas, toxico ex-dealer qui s’est mis au vert, plutôt protecteur avec les deux filles. Décision est prise de quitter Rome pour Naples. Mais l’ambiance de l’Italie du sud des années 80 n’est pas celle d’aujourd’hui : encore fortement tenue par la Mafia, étouffant sous le poids de la tradition machiste et patriarcale, gangrénée par l’arrivée massive des drogues dures en Sicile et dans les Pouilles.

Dès leur arrivée, les jeunes hommes les poursuivent de leurs assiduité, assoiffés par une frustration sexuelle qui les rend fous. Deux jeunes étrangères, dans un territoire où la virginité est sacralisée, où l’on pratique les crimes d’honneur, ne sont que deux corps à prendre, de gré ou de force. Ulli fait l’expérience d’une solitude extrême, dans un environnement hostile et menaçant. Comme le suggère ces planches, Ulli est cet oiseau abattu en plein vol, mais ne laissera pas sur l’autel sicilien tous ses idéaux.

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Les différences morales et intellectuelles entre les deux amies s’accentuent ; Edi se prostituant sans complexe avec un mafiosi sicilien analphabète, Ulli victime du harcèlement sexuel permanent des hommes du clan qui les a « recueillies ». Andreas et Edi consomment toujours plus d’héroïne. De plus en plus acculée à la prostitution organisée par le clan sicilien, Ulli résiste et retrouve heureusement cette flamme qui brûle en elle : malgré les atteintes à son intégrité physique, son intégrité morale est une et indivisible, contrairement au petit mac qui la harcèle :

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Arrivé à ce stade du récit, on se demande ce qu’est venue chercher Ulli, en quête de liberté, de rencontres, de transgressions et de subversions, dans cette Sicile où les femmes vivent recluses, surveillées, méprisées. Elle aussi se le demande finalement, et échappe de justesse au pire, avant de rentrer chez ses parents qui l’auront évidemment cherchée partout, retrouver son petit frère et sa petite sœur, et à qui l’auteur demande pardon, dans ce livre, dans les annexes. Ils l’accueilleront sans colère, après une brève remontrance dans la voiture , soulagés de la retrouver saine et sauve.

Une escapade plus flaubertienne que rimbaldienne

A la fin du récit, il me reste un sentiment très partagé sur cette expérience limite. Comme bien d’autres, ma sensibilité de « révoltée » cohabite avec ma sensibilité de femme et de mère. Et ce roman graphique fait s’entrechoquer toutes ces sensibilités. L’appel de l’aventure, le dénuement, le refus du conformisme apparaissent sans doute à Ulli et ses 17 ans comme un idéal post-romantique, punk, qui s’écrase brutalement contre la réalité de l’Italie du sud, la réalité également du « voyage sans argent » qui s’avère être un voyage financé par des rapports sexuels monnayés, la réalité du viol.

Comme Emma Bovary, Ulli étouffe dans un monde qui lui semble trop petit, comme elle, elle se consume naïvement, et il me semble que comme elle, elle ne voit pas la bienveillance qui l’entoure, et l’amour indéfectible que lui portent ses parents, eux aussi, envers et contre tout. Indifférente au mal qu’elle peut faire à ce moment, elle ne voit pas qu’elle n’agit, inconsciemment – c’est le propre de son âge- pas mieux que les fantômes d’une Vienne qu’elle fuit.

Ce voyage était-il une erreur de jeunesse ? Difficile d’y répondre. Dire oui serait accepter qu’une fille de 17 ans sur les routes ne peut échapper – a minima- au harcèlement sexuel. Dire non, c’est envisager aussi qu’une telle expérience soit acceptable, comme expérience contemporaine de l’aventure. Mais quel parent trouverait cette expérience acceptable ? Et cette expérience est-elle si transgressive, si punk, puisqu’elle joue d’un moteur aussi vieux que la prostitution, puissant instrument de domination masculine ?

Heureusement, Ulli se sauvera à temps, et pourra (plus tard) trouver un sens à sa vie : ce sera le récit de son roman suivant : Alors que j’essayais d’être quelqu’un de bien. Chronique à suivre !

NB : Allez fouiller sur le site de la maison d’édition Ça et Là, éditeur de bandes dessinées d’auteurs étrangers, sur une ligne plutôt underground-alternatif.

Informations éditoriales :

Trop n’est pas assez, d’Ulli Lust, aux Éditions Çà et Là, 2010, 463 pages, 26 €.

Disponibilité au Quasar :

Trop n’est pas assez

Et à Caen :

Trop n’est pas assez

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Femmes en marge 2/3 : L’Homme Gribouillé, de Serge Lehman et Frederik Peeters ⚠️⚠️

L’Homme Gribouillé est un récit dense et riche : cette critique n’en fera pas le tour, mais l’abordera sous l’angle des femmes en marge.

Serge Lehman et Frederik Peeters nous livrent un récit fantastique qui propose une relecture des différents mythes : homme sauvage, Déluge, malédiction familiale. Mais ce qui m’a paru le plus intéressant, c’est la construction du parcours des deux personnages principaux : Betty et sa fille Clara.

Il faudra en effet attendre la fin du roman graphique pour comprendre et saisir le sens de cette histoire familiale de femmes.

Paris est sous la pluie. Quatre personnages entrent en scène : Maud, la grand-mère, auteur jeunesse à succès, Betty, sa fille, sujette à des crises d’aphasie qui la privent de parole, Clara, la petite fille, conteuse hors pair, et Jasmine, jeune femme qui veille sur Clara. Au cœur du récit : la parole et la transmission. En effet, les rapports familiaux de ces trois femmes ne sont pas des plus simples et les tensions apparaissent dès l’incipit du récit.

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Le talent créateur de la mère semble faire de l’ombre à Betty qui travaille dans l’édition, notamment celle des œuvres de sa mère. Clara, elle, rêve de vivre chez son père, supportant mal le caractère imprévisible de sa mère et ses crises d’aphasie. La toute jeune femme, contrairement à sa mère, n’a pas sa langue dans sa poche.

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Cette gouaillerie sera bien utile un peu plus tard. Maud, la grand-mère, fait un AVC dans son sommeil et un mystérieux personnage effraie Clara en s’introduisant dans l’appartement de Maud et en lui réclamant un « paquet ». Le lendemain, guidée par un rêve qu’elle a fait, Betty cherche à comprendre son sens. Son enquête la mène à un hameau qui se révèle être le lieu de sa naissance : le hameau Maugris. Elle s’y rend avec sa fille, mais le lieu recèle bien d’autres mystères…Et en particulier celui des origines.

Car la famille de Maud, Clara, et Betty, à l’exception du père de Clara, ne comporte que des femmes. L’histoire familiale est lacunaire et le texte est troué. Maud, créatrice d’histoires, n’a pas révélé la vérité à sa fille. Betty apprend qu’à la roche Maugris, les femmes étaient très « accueillantes » et « racontaient magnifiquement les histoires ».

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Au fil d’une intrigue fantastique qui se saisit habilement de différents éléments classiques et en ajoute de nouveaux, les liens entra Clara et Betty se resserrent. Mère et fille découvrent leur histoire unique et particulière de femmes en marge dans ce hameau. Elles découvriront notamment le geste fondamental de Maud, qui brisa la malédiction familiale pour la liberté de sa fille, et la sienne.

Face au monstre, l’arme des femmes sera la parole : comme les contes, les mythes transmis oralement depuis la nuit des temps, le récit nous montre l’essentiel de ce qu’est le lien familial : la transmission orale de la mémoire d’une famille et d’un nom.

Informations éditoriales :

L’Homme Gribouillé, de Serge Lehman & Frederik Peeters, édition Delcourt, 328 pages, 30 €.

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L’Homme Gribouillé

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Trois BDs autour de la journée internationale des droits des femmes : Femmes en marge, femmes en marche !

Autour de la journée du 8 mars, je vous propose la lecture de trois Bds que j’ai sélectionnées et qui proposent, chacune à leur manière, des personnages féminins luttant contre un destin tracé, imposé, ou subi :

Betty Boob, de Véro Cazot et Julie Rocheleau.

Alors que j’essayais d’être quelqu’un de bien, d’Ulli Lust.

L’homme gribouillé, de Serge Lehman et Fréderik Peeters.

Ces Bds sont disponibles dans vos libraires indépendantes préférées et souvent dans vos médiathèques ; pensez-y !

Une chronique par jour pendant trois jours pour découvrir ces trois œuvres qui méritent le détour !

 

 

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Mickey et l’océan perdu, de Camboni et Filippi ⚠️

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Il y a quelques semaines, j’ai craqué pour ce très bel objet dans ma librairie bd indépendante favorite. Pas spécialement lectrice de cette collection, ce volume réalisé par Filippi et Camboni est actuellement publié en feuilleton dans le Journal de Mickey que reçoit ma fille : j’avais eu un aperçu du début du récit qui semblait très prometteur.

Un univers graphiquement parfait et immersif

Le travail d’illustration de Silvio Camboni, que je découvre à l’occasion de cette lecture est particulièrement somptueux : décors fouillés et méticuleux, riches de couleurs profondes et immersives. Sa collaboration avec Filippi, au scénario, a donné naissance à plusieurs albums dans la veine steampunk, comme Le voyage extraordinaire, ou Les mondes cachés :

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Silvio Camboni dessine un univers aquatique et végétal foisonnant et luxuriant, avec un trait qui rappelle celui de Franquin dans ses Idées noires – mais en vert ! :

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Planche extraite de L’arbre-forêt, de la série Les mondes cachés.

Leur dernière réalisation commune, Mickey et l’océan perdu, est le dernier volume de la série lancée par Glénat, qui offre à des dessinateurs européens la possibilité de dessiner et raconter leur propre Mickey Mouse.

La collection s’associe aux grands noms de la bd comme Trondheim, Cosey, Loisel pour proposer des aventures en créations originales. Six volumes sont maintenant disponibles : Mickey Maltese, Une mystérieuse mélodie, Mickey’s craziest Adventures, La jeunesse de Mickey, Café Zombo. Je ne parlerais ici que du volume réalisé par Camboni et Filippi, n’ayant pas lu (mais ayant très envie de le faire) les autres.

De fait, le travail d’illustration est superbe. Habitué aux fonds blancs des aventures de Mickey, le lecteur plonge avec lui dans un océan de couleurs aux tonalités opposées à celles des récits classiques de Mickey, tout en couleurs primaires et secondaires sur une trame blanche. Pour mieux rendre ce récit des abysses qui joue avec Vingt mille lieues sous les mers, Camboni remplit totalement les espaces de camaïeux de verts et de bleus. L’effet est immédiat : on est happé en immersion dès les premières pages de l’aventure. D’autant que celle-ci commence dans les glaces, dans un grand nord imaginaire, après « le grand conflit », qu’on imagine être une guerre planétaire, et c’est une occasion de plus pour le lecteur de voyager :

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Venons en au récit lui-même. Mickey, Minnie et Dingo sont en mission pour récupérer de la coralite, un carburant précieux qui git au fond des océans. Mickey en remonte à la surface une petite quantité avant d’être repéré par Pat Hibulaire qui leur vole la plus grande part du butin. Dingo tombe alors sur une affiche proposant une forte récompense à qui parviendra à remonter un artefact reposant au fond d’une fosse océanique profonde. L’expédition est lancée, dans une course contre la montre avec Pat Hibulaire, qui vise lui aussi la récompense. Mickey pilotera un « autoscaph’ », c’est à dire un scaphandre autonome piloté depuis la surface par un casque numérique qui fonctionne comme un capteur de mouvements et de pensées.

Bientôt, l’équipe rencontre le commanditaire de cette expédition, à bord d’un vaisseau tiré tout droit d’un récit de Jules Verne, le professeur Enigmus, inventeur de la combustion coralienne. Il va leur proposer une collaboration bien plus ambitieuse, dont l’objectif annoncé est de mettre la main sur une arme perdue, permettant d’éviter la reprise du grand conflit. Mais le professeur Enigmus n’est peut-être pas l’homme qu’il prétend être…

Mickey un peu perdu dans l’océan ?

La première partie de ce scénario, découpé en six chapitres, un prologue et un épilogue, est une réussite. La situation initiale est accrocheuse, l’univers crédible et parfaitement soutenu par l’illustration. Les premières péripéties, sur fond de raréfaction des énergies et conflit planétaire, sont cohérentes à défaut d’être originales, et les premières réponses apportées par nos héros reposent sur leurs innovations technologiques, c’est-à-dire sur leur intelligence et leur indépendance à l’égard de toute grande structure. Bref, on y croit et on se laisse porter avec le bonheur de la nostalgie de l’enfance et son goût d’aventures extraordinaires.

Le choix fait ensuite par le scénariste, à partir de chapitre trois, me paraît cependant moins réussi. Construit sur une ellipse temporelle importante qui, de ce fait, exige un long récit de Dingo, constitué par un retour en arrière narratif, complexifie inutilement le propos. Les péripéties auraient gagnées à être racontées sur le même plan chronologique, plutôt que dans des pages très bavardes. Sans révéler le dernier combat de nos héros, l’objet de celui-ci est original, peut-être un peu trop tarabiscoté pour ne pas perdre le lecteur. Enjeu capital néanmoins, qui permet au dessinateur de s’en donner à cœur joie dans son univers de prédilection, le végétal et les profondeurs océaniques.

Les amateurs des aventures de Mickey trouveront peut être leurs personnages favoris un peu perdus dans ce riche univers qui fait la part belle aux décors, et ne leur laisse guère de champ pour leurs habituelles espiègleries et gentilles moqueries, comme dans ces magnifiques planches :

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Il faut bien avouer qu’ils ressemblent assez peu à eux-même, non sur le plan graphique, mais sur le plan archétypal des personnages. C’est aussi le parti pris éditorial : laisser chaque auteur rendre son propre hommage à la souris bien connue. Il faut voir cet album davantage comme une nouvelle création de Camboni et Filippi que comme une nouvelle aventure de Mickey, qui est plutôt prétexte ici pour l’imaginaire graphique débridé de Camboni.

Un bel objet à un prix accessible compte-tenu de sa qualité, une lecture agréable qui plaira essentiellement aux grands ( structure narrative et vocabulaire un peu trop complexe en dessous de 10-11 ans), voilà une bd que l’on peut s’offrir comme un petit plaisir hivernal, et qui donne une furieuse envie de replonger avec Jules Verne, et c’est déjà beaucoup.

Mickey et l’océan perdu, de Camboni et Filippi, aux édittions Glénat, 2018, 61 pages, 15€.

Plus d’infos sur le travail de Sylvio Camboni

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Mickey et l’océan perdu

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Adieu, de Balzac ⚠️⚠️⚠️

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Traversée de la rivière Berezina, le 17 novembre 1812, Peter Von Hess, 1844.

Balzac est parfois associé aux lectures ennuyeuses et poussiéreuses de collège et de lycée, chargées de descriptions et de personnages semblant hors d’âge car souvent, on le découvre par Le père Goriot. Mais Balzac est un auteur éminemment romanesque, et j’espère vous en convaincre par cette nouvelle de soixante-dix pages, facile d’accès et rapide à lire.

J’avais très envie de vous faire partager ma lecture d’une nouvelle très singulière de Balzac, intitulée mystérieusement Adieu. Initialement prévue pour figurer dans Les scènes militaires de La comédie humaine,elle sera finalement intégrée aux Études philosophiques. Balzac date lui-même cette nouvelle de 1830 : écrite à 31 ans, c’est une œuvre de jeunesse, parmi ses premiers récits publiés, après Les chouans, et pourtant elle se révèle un récit particulièrement frappant et achevé.

Cette lecture est aussi une occasion de se pencher plus précisément sur un épisode célèbre par son nom : la Beresina : célèbre mais pas toujours bien connu !

Une étrange apparition : femme sauvage ?

Nous sommes à la fin de l’été 1819, dans la forêt de l’Isle-Adam, dans le Val d’Oise. Deux amis, le marquis d’Albon, député et magistrat jovial et ventripotent, et le baron Philippe de Sucy, colonel de l’armée napoléonienne, chassent par une brûlante fin d’après-midi. Sur la route du retour, ils aperçoivent une étrange demeure, dissimulée en partie des regards par la végétation.

C’était comme un lieu funeste abandonné par les hommes. Le lierre avait étendu partout ses nerfs tortueux et ses riches manteaux. Des mousses brunes, verdâtres, jaunes ou rouges répandaient leurs teintes romantiques sur les arbres, sur les bancs, sur les toits, sur les pierres. Les fenêtres vermoulues étaient usées par la pluie, creusées par le temps ; les balcons étaient brisés, les terrasses démolies. […] Ces débris jetaient dans le tableau des effets d’une poésie ravissante, et des idées rêveuses dans l’âme du spectateur. Un poète serait resté là plongé dans une longue mélancolie, en admirant ce désordre plein d’harmonies, cette destruction qui n’était pas sans grâce. […]

– C’est le palais de la Belle au Bois Dormant, se dit le conseiller (…) »

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Comme toujours chez Balzac, la description est le vrai lieu de l’action. Si elle commence sur une impression lugubre de ruine « funeste », elle se poursuit sur un ton nettement plus mystérieux, et traduit sans doute l’impression qu’aura pu produire sur Balzac cet ancien prieuré, qu’il a visité au cours de ses séjours dans cette forêt qu’il connaît bien. Le lieu lui aura peut être inspiré cette étrange histoire ? En tout cas, tout invite ici le lecteur à voir dans ce château de conte de fées le lieu futur d’un récit amoureux.

Mais où est donc la Belle, vous demandez-vous ? Elle ne tarde pas à apparaître : depuis la grille derrière laquelle les deux chasseurs scrutent le château, le marquis voit une femme passer, si vite qu’il n’a pas de le temps de la détailler, cependant elle lui fait une forte impression :

« Elle est si svelte, si légère, si vaporeuse, qu’elle doit être diaphane. Sa figure est aussi blanche que du lait. Ses vêtements, ses yeux, ses cheveux sont noirs. »

Une vache tout d’abord, puis une paysanne s’approchent alors de la grille. Geneviève est sourde et muette : elle ne peut les renseigner sur le château et la curieuse femme que le marquis a aperçu. Celle-ci ne tarde pas à arriver, lentement, semblant n’avoir aucune conscience de la présence des deux hommes. Les cheveux dénoués, dans une robe usée, elle s’approche à pas lents, puis subitement saute dans un pommier :

Elle y saisit des fruits, les mangea, puis se laissa tomber à terre avec la gracieuse mollesse qu’on admire chez les écureuils. […] Elle joua sur le gazon, s’y roula comme aurait pu faire un enfant ; puis tout à coup, elle jeta ses pieds et ses mains en avant, et resta étendue sur l’herbe avec l’abandon, la grâce, le naturel d’une jeune chatte endormie au soleil. Le tonnerre ayant grondé dans le lointain, elle se retourna subitement, et se mit à quatre pattes avec la miraculeuse adresse d’un chien qui entend venir un étranger ».

La Belle n’est pas vraiment celle du conte de feés. On retrouve dans ce texte l’intérêt porté au XIXe siècle par les premiers scientifiques observateurs du vivant : le mythe de l’enfant sauvage, élevé parmi les animaux et qui développerait les mêmes habiletés qu’eux. Durant toute la description, on a donc le sentiment d’avoir sous les yeux une pauvre femme, folle ou attardée. Mais Balzac nous réserve une dernière phrase, superbe, qui prend à contrepied cette description de femme-guenon :

sa noire chevelure se sépara tout à coup en deux larges bandeaux qui retombèrent de chaque côté de sa tête, et permit aux deux spectateurs de cette scène singulière d’admirer des épaules dont la peu blanche brilla comme des marguerites de la prairie, un cou dont la perfection faisait juger de toutes les proportions du corps.

Uppercut descriptif si l’on peut dire : dans son animalité, cette femme reste d’une beauté noble et redoutable. Ce passage est pour moi un véritable bijou d’orfèvrerie, d’une modernité et d’une sensualité terrible. En effet, cette femme dont on suivait amusé les gesticulations étant d’une beauté parfaite, la façon qu’elle a de se rouler par terre et de se mettre à quatre pattes n’est plus amusant mais érotique !

Lorsque le marquis se retourne vers son ami, il trouve celui-ci évanoui. Il vient de reconnaître la femme qu’il a jadis aimée : la comtesse Stéphanie de Vandières.

Un récit épique et tragique : du romanesque en diable !

Envoyé aux renseignements, le marquis retourne au château des Bonshommes et rencontre l’oncle de Stéphanie, médecin en retraite qui tente de guérir sa nièce. Il va alors raconter dans une longue analepse, ce qui a provoqué la folie de Stéphanie. C’est la deuxième partie de cette longue nouvelle.

Nous quittons alors la paisible forêt de l’Isle-Adam et son été étouffant pour l’hiver russe sur les bords de la Beresina, le soir du 28 novembre 1812.

Ici, un petit point historique s’impose. Enhardi par ses victoires dans presque toute l’Europe, Napoléon se lance dans une offensive en Russie, qu’il prévoit courte (20 jours). En juin 1812, l’armée napoléonienne franchit le Niemen, mais les russes, en pratiquant la tactique de la terre brûlée, l’entraîne toujours plus avant. Les français prennent Moscou en septembre, puis prennent le chemin du retour en octobre, par le même itinéraire. Mais l’hiver est précoce (-30°), et les russes harcèlent les troupes, les privant des ravitaillements nécessaires dans la traversées des régions dévastées. En novembre, les 680 000 hommes de l’armée impériale, seuls 100 000 arrivent sur les berges de la Beresina le 21 novembre. Épuisés, désorganisés, mal équipés face à l’hiver, les soldats avancent et se traînent en rangs clairsemés : ce sont « les traînards ». Parmi eux, des femmes, épouses cachées, cantinières, infirmières. Les deux ponts existants ont été détruits par les russes, Napoléon en fait construire un autre quinze kilomètres au nord, et établit un bivouac le temps de la construction. Les pontonniers se sacrifient pour cet ouvrage. Une partie de l’armée franchit le pont, mais les traînards s’installent sur le bivouac, trop épuisés, et refusent de passer. Les russes les talonnant, le général Eblé décide de brûler le pont, au matin du 29 novembre, pour protéger la retraite des français. Des centaines de soldats se précipitent alors ; beaucoup meurent noyés en tombant avec le pont.

Dans cette deuxième partie, on apprend ce qui a séparé le baron de Sucy et sa maîtresse adorée, la comtesse de Vandières.

Amour de la folie, folie de l’amour ?

Commence alors dans le dernier tiers de la nouvelle un récit totalement incroyable entre amour et folie. Trente ans avant la naissance de Freud, on ne peut qu’être frappé par la modernité de cette réflexion sur la folie. Difficile de commenter cette partie sans dévoiler la fin, mais elle est également très moderne par l’érotisme discret qui innerve ces pages, érotisme tragique si on peut dire, dans la situation des deux amants.

Et l’on comprend alors en refermant la nouvelle, pourquoi Balzac choIsira de l’intégrer, non dans Scènes de la vie militaire, mais dans les Études philosophiques. En effet, elle suscite de manière frappantes des questionnements fondamentaux : qu’est-ce qu’aimer ? Qu’est-ce que l’héroïsme, le dévouement? Qu’aime-t-on réellement quand on aime quelqu’un ? Cette question est souvent posée en demandant si on aimerait toujours quelqu’un frappé subitement de difformité ou de laideur. Mais l’inverse ?

Envie de voyager pendant les vacances d’hiver ? Oubliez vos souvenirs ennuyés de lecture de collège et redécouvrez alors Balzac dans un récit alerte, moderne et épique : lisez Adieu !

Informations éditoriales :

Adieu, de Balzac, le livre de poche, 1,50€, 92 pages.

Pour ceux que ça intéresse, la Beresina est racontée dans une BD en trois tomes :

Berezina, de Patrick Rambaud, Ivan Gil et Frédéric Richaud ; Dupuis, 15,50 €.

Vérifier la disponibilité à la bibliothèque de Caen :

Berezina

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La légende de Nian Le Terrible de Guillaume Olive et He Zihong ⚠️

Voilà un très bel album, aux pages en papier de riz, tout en peintures saisissantes.

On retrouve en couverture et sur la première page une variation sur la célèbre vague d’Hokusaï : Nian, qui signifie année, symbolise le tsunami qui ravage chaque année un village.

Mais un jour, les villageois décident d’affronter le dragon au lieu de le fuir, et s’unissent à cette fin.

Le texte, ciselé et poétique remplit un fonction très importante pour les enfants (et les parents !), car il peut être écouté et réécouter sans lasser : c’est le propre d’une écriture vraiment littéraire. Les images saisissantes offrent matière à contemplation et fascination pour les jeunes et moins jeunes, et servent toute la beauté de cet élément de mythologie chinoise. Majestueux, grandiose et formidable, le dragon impressionne, et cette fonction de monstre est bien rendue par la peinture délicate de He Zhihong :

Ode à la solidarité, à la convivialité à la sagesse, ce conte mythologique et étiologique peut se lire à tout âge.

A offrir ou se faire offrir !

Nian le terrible, la légende du nouvel an chinois, de Guillaume Olive et He Zhihong, Seuil jeunesse, 2012, 32 pages; 14,40 €.

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Hors-jeu, de Matthieu Chiara ⚠️⚠️

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Attention, hors sujet désopilant !

Voici un roman graphique au ton totalement original, paru en avril 2016 et que je ne découvre qu’aujourd’hui, et qui mérite vraiment toute votre attention.

Pas cadré !

Hors-jeu, c’est l’histoire d’un match de foot qui serait raconté par Fellini : deux sdf regardent, avec une prostituée, un match de foot par dessus l’épaule d’un quidam dans un cybercafé vitré. Mais il est bien réducteur de résumer cette histoire à l’humour burlesque assez ravageur. Le dessin de Matthieu Chiara nous révèle un univers graphique particulièrement dense et précis. Je découvre d’ailleurs cet auteur graphique et je vous recommande hautement d’en faire autant sur son site personnel où vous pourrez lire quelques pages humoristiques, et des extraits de ses autres romans, comme Le Buveur, 3ème prix d’Angoulême :

http://matthieuchiara.eklablog.com/

En effet, dans ce récit aux intrigues combinées, rien ne semble arrêter les limites narratives de l’auteur qui explore plusieurs voies avec espièglerie, mais retombe toujours sur ses pieds. Beaucoup d’ironie affleure bien sûr, sur le foot mais pas seulement. C’est aussi une divagation métaphysique et existentielle sur (au choix) l’homme, la solitude, l’isolement moderne, mais aussi les marginaux, les supporters, les clichés sur le foot, les joueurs de foot, l’enfance, le couple…

Si le dessin est précis et hypnotisant, le propos est lui particulièrement fin et nuancé. Matthieu Chiara a le don de feinter son tir et nous emmène à l’opposé de notre attente de lecteur. On reproche aux détracteurs de football, de ne pas pas vraiment le comprendre pour l’aimer ; or quand ce roman nous laisse à penser qu’il est une critique du foot-business ou du vide intellectuel des joueurs, nous sommes alors plongés sur plusieurs pages muettes dans un match brillamment dessiné , et qui rend hommage au jeu du football !

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Ode à l’humour, ode à l’imaginaire

En alternance, d’autres personnages suivent aussi le match et donne lieu à une ode à l’imaginaire, par le biais d’un petit garçon, d’un trio de copines, d’un couple moderne.

L’auteur développe des planches qui pourraient quasiment être détachées pour former un album de BD d’humour. On peut d’ailleurs voir dans le travail de Matthieu Chiara sur son site une prédilection pour le dessin d’humour, qui pourrait s’apparenter au dessin de presse.

Ce n’est pas un hasard si ce roman graphique a rencontré un succès critique unanime et dithyrambique, aussi bien dans la presse généraliste que dans les sites spécialisés BD. A-t-il pour autant rencontré son public ? Je l’espère car il le mérite vraiment, on croise rarement la route d’une œuvre drôle, décalée, profonde et graphiquement novatrice et fouillée.

On en dira autant de l’auteur dont l’univers artistique est à découvrir et à à suivre et de la petit maison d’édition qui l’abrite : L’Agrume, qui publie une littérature graphique triée sur le volet, écrite et dessinée par des illustrateurs contemporains choisis pour l’originalité et la qualité de leur travail.

A découvrir ici :

http://lagrume.org/lagrume/

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Hors-Jeu

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Idéal standard, d’Aude Picault ⚠️

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Petite critique rapide en passant !

Sélectionné pour le prix des lecteurs au festival Quai des bulles de Saint-Malo, cette bd raconte le quotidien d’une trentenaire célibataire à Paris. Cette bd a rencontré un joli succès public et critique, dans une production pléthorique du secteur de la bd.

Variation sur le même thème

Je n’ai pas été vraiment conquise par cette chronique, même si cela reste une lecture (rapide) agréable. Que dire, en effet, de neuf sur ce thème qui paraît maintenant assez éculé, à savoir, les atermoiements sentimentaux des trentenaires parisiens ? Entre espoir et déception autour des rencontres – la chair est triste – et de l’idéal du couple, on suit le quotidien de Claire, infirmière en néonatalogie d’un œil distrait. Si l’auteur entend dénoncer des clichés (les femmes aiment et protègent ; les hommes jouissent et profitent), la bd ne convainc pas sur un terrain déjà grandement traité par la presse féminine. Claire rencontre un type ordinaire, qui entend plutôt poser ses valises en s’installant en couple, tandis que Claire pense s’embarquer dans la grande aventure du couple : malentendu séculaire, source inépuisable d’inspiration, qui fournit ici matière à une variation autour du thème, assez agréable mais peu novatrice et peu enlevée. Le récit se clôt sur une conclusion douce-amère que l’on retrouve généralement dans les magazines de psychologie – ce qui ne signifie pas qu’elle est erronée – à savoir qu’il s’aimer soi et être heureux pour pouvoir trouver le bonheur en couple. Rien de nouveau sous le soleil, hélas. « L’encouplement » comme mai 68 l’a dénoncé, semble être la quête de notre héroïne, qui semble enfermée dans cet « idéal standard ». Certes, il est possible que bien des lecteurs ( ou plutôt lectrices?) se retrouvent dans ce personnage, mais les stéréotypes que Claire semble vouloir dénoncer, sortent parfois renforcés de cette lecture, avec le personnage de Franck, beauf macho mais pas trop, ronfleur et fat, dans un monde où les hommes sont peut-être réduits à une caricature parfois très segmentée, pour utiliser un langage publicitaire : le jeune actif parisien de trente ans, égocentré et vain.

Ultra moderne solitude

Heureusement, quelques personnages prennent du relief et on aurait aimé que ce sillon soit davantage creusé : la mère de Claire, personnage tendre et attachant, généreux et positif, comme ces plantes qu’elle affectionne et fait pousser avec succès. La relation maternelle entre Claire et sa mère est réussie et moins convenue, un détour narratif par là aurait été bienvenu. Même chose avec le compagnon de son amie, devenu père, qui montre que, si lui a des défauts et ne semble pas assez actif dans le ménage, il montre une grande patience et comprend les tourments intérieurs de sa compagne, dont les défauts apparaissent également dans son impatience, son angoise. Finalement, ils représentent l’idéal standard : cet idéal se trouve toujours précisément chez les autres, puisque on n’est pas en couple avec les autres et que le quotidien prosaïque, les attentions discrètes, les efforts et failles secrets nous sont invisibles.

Reste également cette tendresse avec laquelle Aude Picault dessine Claire, comme dans la planche d’ouverture, sans texte, dans ses gestes quotidiens et intimes, son chemin vers son travail, enjouée mais seule à la fois.

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Entre « ultra moderne solitude » et « foule sentimentale », on ressort de cette lecture un peu comme d’un film de Podalydès, comme d’une jolie balade un peu mélancolique, qui nous laisse l’âme rêveuse et philosophe…

Informations éditoriales :

Idéal Standard, Aude Picault, Dargaud, 2017, 152 pages, 18 €.

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La horde du contrevent, d’Alain Damasio ⚠️⚠️

Compagnons du vent

Roman fou, roman culte, pavé de huit cent pages, La horde du contrevent, publié en 2004 aux éditions La Volte, originalement accompagné de la bande son de l’écriture du roman, déborde largement de la catégorie fantasy dans laquelle on peut néanmoins le classer.

La horde est un groupe de vingt-trois membres, formés dans une ville nommée Aberlaas, située dans ce que l’auteur appelle « l’extrême aval ». La horde est la trente-quatrième formation de ce type. Dans un monde où soufflent des vents violents et ininterrompus, les hordes ont pour but de remonter à la source du vent : l’extrême amont. En découvrant l’origine du vent, les hordiers qui les ont formés espèrent pouvoir maîtriser ce fléau. La trente quatrième horde est conduite par Golgoth, le Traceur, celui qui ordonne les différentes formations pour contrer et avancer sous les différents formes de vent : neuf en tout, les trois dernières étant inconnues : elles se rencontrent au terme de l’expérience de la horde.

Profusion de procédés, au risque de l’indigeste

Disons-le d’emblée, il faut accepter d’entrer en immersion dans le monde de Damasio, et attendre de dépasser la mise en place du schéma narratif pour juger de l’ensemble. En effet, on peut tout aussi bien crier au génie inventif de l’auteur pour un certain nombre de procédés littéraires, comme être agacé par une forme de maniérisme qui se prendrait un peu trop au sérieux. Ce fut ma crainte sinon ma réaction pendant les cent premières pages. La numérotation inversée des pages, l’alternance des voix narratives, l’utilisation de la ponctuation comme idéogramme du vent et des hordiers : littérature de l’esbrouffe ou création d’un monde renouvelant les codes de l’heroic fantasy ?

Parmi les différentes voix narratives, celle de Caracole, le troubadour mystérieux de la horde, est une réelle épreuve de lecture. Foisonnante, truculente,elle peut lasser ou rebuter par sa langue difficile, et parfois hermétique.

L’essentiel est invisible pour les yeux

Mais, comme pour Le seigneur des anneaux, on aurait tort d’abandonner la lecture trop tôt. D’abord, les lecteurs qui ne sont pas particulièrement branché SF y trouveront un style particulièrement dense et varié, au rythme des changements de voix narrative. La langue, difficile et exigeante, est très créative : une véritable forme stylistique se développe autour du vent, du « vif », difficile à définir, qui anime tout être vivant.

Si l’on poursuit sa lecture, on entre alors dans une véritable geste, que l’on peut rapprocher de la quête du Graal, une quête sans fin, où l’on part à la recherche de soi-même, sans le savoir. Il y a chez les membres de la Horde un esprit d’absolu et d’abnégation dans le compagnonnage qui fera inévitablement penser aux chevaliers de la table ronde. Ce n’est pas le seul point commun : le goût de joute, qu’elle soit ludique, avec les Fréoles, ou verbales avec les Tourangeaux, rappelle également les tournois médiévaux.

Rapprochement médiéval, quête, compagnons, univers imaginaire soigneusement mis en place : tous les ingrédients d’un bon roman fantasy sont réunis, mais La horde du contrevent n’est pas que cela. A mon sens, le roman décolle vraiment avec la traversée du lac ou de la flaque géante de Lapsane : raccourci emprunté par la Horde qui devra nager sur des centaines de kilomètres, eux qui sont entraînés à tenir fermement au sol contre le vent. Les difficultés révèlent les personnalités complexes des vingt-trois hordiers, leurs relations amoureuses, affectives.

Les retrouvailles à Camp Bòban avec les rescapés des hordes précédentes, dont les parents des hordiers sont un récit vraiment réussi : héros déchus, perdants aux yeux des uns, vieux sages plein d’humanité pour d’autres, les échanges seront riches entre ceux qui n’ont pas encore tenté la redoutable épreuve de Norska et de sa chaîne de montagne et ceux qui y ont vu leurs amis mourir. L’épreuve finale sera éminemment épique, mais aussi mélancolique. On y découvrira la vraie nature de certains, et le véritable héros du récit.

Dans sa totalité, le roman se révèle aussi comme une mise en abyme du pouvoir du langage : c’est bien lui qui est au cœur de cette quête contre le vent,vaine par définition, mais essentielle pour arriver au bout de soi. Et vous, qui découvrirez-vous en extrême amont ?

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Dans la combi de Thomas Pesquet, de Marion Montaigne ⚠️⚠️⚠️

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C’était mon favori pour Angoulême, avec bien sûr La terre des fils de Gipi. Il n’a pas emporté le fauve d’or mais qu’importe, je vous explique pourquoi le dernier bébé de Marion Montaigne méritait largement cette sélection au palmarès.

Un biopic, mais pas seulement

En refermant l’album, on a envie de réaliser les choses que l’on a toujours rêvé d’accomplir mais que l’on a mis de côté, faute de temps, faute de volonté, parce que le vie est passée par là… Cet album est, peut-être malgré lui, une ode à la persévérance, à la pugnacité, à l’ambition au sens noble du terme, mais raconté avec un humour désopilant et un sens du dessin d’humour que seule Marion Montaigne possède. Est-ce un album de vulgarisation scientifique ? Oui, mais c’est avant tout un album de bd, de la grande, de la vraie.

Inspirant

Le matin, t’as deux choix : soit tu te recouches pour continuer à rêver… Soit tu te lèves et tu réalises tes rêves. Sauf si ton rêve, c’est de dormir. Alors, là, ouais, ça marche, j’avoue.

Michael Jordan

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Dès les premières pages, on découvre le petit Thomas Pesquet, fils d’une institutrice et d’un professeur de maths, et surprise, il est comme beaucoup d’enfants : il rêve d’espace, se construit des fusées en carton et rêve d’être astronaute. Par la suite, certes, on verra que Thomas est aussi un jeune étudiant brillant et talentueux, mais qu’on n’arrive pas par hasard ou au seul talent sur le fauteuil de l’ISS. C’est ce qui est le plus réussi dans cet album : si l’on ne peut qu’admirer le parcours de Thomas Pesquet, on doit aussi reconnaitre la formidable masse de travail et d’abnégation pour y parvenir. Il n’a pas de « chance », il n’est pas seulement né avec une tête bien faite, ce qui nous rendrait ce beau rêve inaccessible, à nous, commun des mortels. Souvent, en lisant la bd, on se demande si l’on aurait eu tout simplement la force de poursuivre l’entreprise au vu des sacrifices personnels et de l’implication, y compris sur la santé, qu’exige une telle préparation. Et je trouve cela particulièrement inspirant, quel que soit l’âge du lecteur. Finalement, le génie tiendra aussi de la maturité du jeune homme, qui comprend très vite que pour réaliser son rêve, il faudra bosser :

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Thomas Pesquet devient donc d’abord ingénieur aéronautique puis pilote pour Air France. En 2008, à 30 ans, il présente sa candidature à l’ESA, l’agence spatiale européenne, qui lance une campagne de recrutement d’astronautes. C’est là que le récit commence vraiment : la longue série de tests de recrutement : mathématiques, logique mais aussi tests psychologiques assez délirants. Petit à petit, le nombre de candidats diminue, mais il faut être persévérant et tenir la longueur : les tests s’étalent sur un an et demi, et comprennent des tests médicaux pas toujours des plus agréables. Des questions de géopolitique entrent également en jeu dans le choix des heureux élus : l’ESA regroupe en effet des états européens et elle ne peut pas donner l’impression d’en avantager un en particulier. Mais avant d’être sélectionné, en plus d’être un scientifique solide, il faut aussi des qualités psychologiques bien précises. Avoir confiance en soi, oui m

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ais pas trop non plus, être conciliant, résilient…

Qualités que n’ont pas nécessairement tous les ingénieurs de l’aérospatiale.

Marion Montaigne imagine ici les concepteurs des questionnaires comme une sorte de secte de « psychotechniciens sadiques » imaginant toutes sortes de tests bien tordus pour évaluer les réactions et réflexes des candidats.

C’est l’une des autres réussites de cette bd : l’humour caustique de Marion Montaigne, où le dessin et le texte ne sont jamais redondants mais complémentaires.

Humour noir dans les étoiles

Ce qui rend le récit aussi alerte, et humain, c’est l’humour présent à chaque planche. Il y a quasiment un gag toutes les pages, et il n’est pas toujours naturel de faire rire tout en expliquant des choses très sérieuses : c’est le talent maintenant bien connu de Marion Montaigne et sa série Tu mourras moins bête (mais tu mourras quand même), que l’on compare souvent pour son trait mordant à Reiser ou Bretecher. Mais dans ce roman graphique scientifique, si l’on peut l’appeler ainsi, il me semble que son œuvre prend prend une autre envergure, et prend de l’ampleur. D’abord cet album est le fruit d’un travail de longue haleine, engagé deux ans auparavant auprès de Thomas Pesquet, c’est un grand format de 200 pages. On sent également la complicité entre le sujet – Thomas Pesquet- et l’auteur, au fil des pages, par la manière de restituer une ambiance, une vanne d’astronaute, qui montrent que Marion Montaigne et Thomas Pesquet partagent sans doute le même goût de l’autodérision. L’alchimie fonctionne alors, nous fait décoller nous aussi dans l’espace, mais mort de rire en prime.

Difficile de sélectionner un gag ou une séquence tant j’ai ri à chaque page. Les moments les plus drôlement restitués sont à mon avis, la séquence des tests de présélection, les périodes où Thomas est en Russie, et bien évidemment l’entrainement pour aller aux toilettes en impesanteur. Petit florilège :

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Aller aux toilettes en impesanteur sur un siège très étroit, c’est compliqué mais on oublie aussi que tout flotte……ce qui donna une idée de blague particulièrement potache à Bill Sheperd, qui fit croire à ses collègues qu’il avalait un de ses excréments :

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Il y a aussi de l’humour satirique sur les critiques de la recherche scientifique fondamentale qui serait chère et non rentable :

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Rien que pour ce ton, inédit dans le genre de la vulgarisation scientifique en bd, Marion Montaigne se classe parmi les grands auteurs bd en France. Mais parlons justement de la vulgarisation dans cet album.

Sept ans de réflexion

Le public ne se doute pas à quel point mes collègues et moi rions tout le temps. On est tous très sérieux dans notre métier mais on ne se prend pas au sérieux.» «Pour moi, il était important de montrer cette dimension moins prestigieuse. Nous ne sommes pas que de l’étoffe des héros, mais aussi des gens normaux. Cette bande dessinée m’a réconcilié avec moi-même»,

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Montrer l’envers du décor, c’est l’intention explicite de Marion Montaigne. Et justement , la plupart d’entre nous ignorons ce qui précède un voyage dans l’espace. Thomas Pesquet est sélectionné officiellement en 2009 après une série de tests d’un an et demi. Mais c’est là que tout commence : sept ans de préparation qui ne sont pas forcément des plus glamour. La vie de couple est quasi impossible puisque les périodes de préparation se déroulent sur les sites des états financeurs : Etats-Unis, Russie, Europe. Les tests médicaux se poursuivent, et la préparation en elle-même : démonter et remonter en pièces détachées la station orbitale, se préparer physiquement à l’impesanteur, apprendre le russe, prendre connaissance des expériences à mener. En effet, les astronautes ne sont pas des chercheurs : ils effectuent des expériences pour le compte de chercheurs dont les projets ont été validés auparavant par les instances idoines.

Toute cette préparation ne garantit pas à l’astronaute qu’il décollera un jour. Un simple grippe peut l’empêcher de partir et le faire attendre plusieurs années avant de décoller. Comme les acteurs, les astronautes ont des doublures : un autre astronaute formé et préparé qui peut le remplacer au pied levé. Thomas Pesquet a lui-même été la doublure d’un astronaute. Il faut également acquérir des connaissances médicales pour être capable de se soigner ou de soigner un autre membre de l’équipage.

Pendant la première partie, on attend avec impatience le décollage, comme on imagine tout astronaute doit rêver de cet instant jusqu’à ce qu’il soit réalité. Lorsqu’enfin il arrive, on découvre alors le quotidien de la mission, et aussi tout l’aspect de relation publique : l’astronaute a dans son contrat une obligation de communiquer, et de se prêter aux interviews, projets, etc. L’idée est, on imagine, de renvoyer une image positive de la mission et des astronautes, car c’est de l’argent public !

A l’intérieur de la station, on ne chôme pas : un planning attend chaque membre. A l’occasion de cette lecture, on découvre Thomas Pesquet mais aussi la très grande Peggy Whitson, seule femme à avoir commandé la station spatiale, et détentrice de la plus longue durée de mission dans l’espace, ainsi que du plus grand nombre de « sortie extra-véhiculaire », c’est-à-dire de sortie dans l’espace (comme dans le film Gravity !).

A quand un biopic sur Peggy par Marion Montaigne ?

Dans la combi de Thomas Pesquet, Marion Montaigne, ed. Dargaud, nov. 2017, 205 pages, 22,50 €.

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Dans la combi de Thomas Pesquet :

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La balade nationale, de Sylvain Venayre et Étienne Davodeau ⚠️

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Premier volume d’une série dessinée qui doit en compter vingt et couvrir l’histoire de France des origines à nos jours, La balade nationale – Les origines, est un road-trip historique co-écrit par Étienne Davodeau. Sylvain Venayre, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Grenoble qui dirige la collection. L’originalité de cette collection, si elle va à son terme (vingt volumes !) est de proposer un contenu destiné à un public adulte, quand la plupart des histoires de France ou du monde sont davantage destinées à la jeunesse. La BD d’histoire se porte bien en France, avec les autres domaines de la BD de vulgarisation scientifique, économique, littéraire, etc. Une réelle ambition est donc ici affichée, celle de dépasser l’aspect illustratif, et de proposer des questionnements exigeants sur la science historique.

Si j’aime particulièrement les récits historiques, romans, bd ou mangas, je garde cependant toujours quelques réserves sur le genre. L’histoire est une terre de grande discorde et un terrain hautement inflammable sur le plan idéologique ; l’idée de la simplifier pour la rendre accessible peut donc être une fausse bonne idée. Pour La balade nationale, le choix d’Étienne Davodeau m’est apparu comme cohérent, au vu de sa précédente collaboration avec Benoit Collombat pour son récit des années de plomb sous De Gaulle. Néanmoins, il ne s’agit pas précisément d’un choix neutre, et la collection a parfaitement le droit de placer ce travail de mise en perspective sous un angle critique mais peut-être dès lors, non dénué de parti-pris. La récupération de l’histoire de France se pratique très bien à gauche comme à droite, et on a vite fait de légitimer les combats d’aujourd’hui avec un filtre de lecture idéologique. Bref, je n’attends pas d’une histoire de France qu’elle soit par trop édifiante, quand bien même le parti-pris me serait sympathique. J’avoue donc une légère appréhension avant d’ouvrir ce récit graphique, même s’il est co-écrit avec Sylvain Venayre, garant de la démarche scientifique de l’entreprise, qui s’attache à retracer l’histoire des représentations et l’histoire de l’enseignement de l’histoire en France.

Évoquons d’abord la couverture. Assez réussie, avec la France dessinée par les nuages, et les cinq personnages historiques sur une colline herbeuse, elle présente une image rurale de la France, avec le fourgon du road-trip stationné en contrebas. Ce volume augural se donne comme ambition de définir un premier contour : les origines. La France, ça commence quand ? Il s’agit d’un choix très judicieux pour la collection de poser quelques questions préalables sur les choix ultérieurs. Nous voici donc avec Marie Curie, Molière, Jeanne d’Arc, Jules Michelet, et le général Dumas, père d’Alexandre, qui viennent de déterrer le maréchal Pétain de l’île d’Yeu pour l’emmener à Carnac. Mais le maréchal se réveille dans son cercueil et ne l’entend pas de cette oreille… S’en suit alors une joyeuse balade sur les routes de France en quête de ses origines sur des lieux symboliques : Carnac, d’abord pour la préhistoire, puis un détour par Calais pour évoquer les frontières, puis Paris, Reims, le Rhin, la roche de Solutré, Marseille, la grotte Chauvet, Gergovie. Le périple des origines s’achève au Puy de Dôme dans la séquence la plus réussie de l’album : une coulée de terre, terre de France, ramène le maréchal jusqu’à l’île d’Yeu, dans une longue coulée commentée de récitatifs métaphoriques qui sonnent très juste.

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L’intérêt du périple est de questionner ces lieux symboliques, et essentiellement par la voix de Michelet, d’en restituer les exactitudes, les représentations, les manipulations. La pari est plutôt gagné, notamment pour Vercingétorix. Cependant, quelques petits bémols : tout d’abord, il est regrettable de faire de Pétain l’unique contradicteur de Michelet ou de Dumas, ce qui laisse à penser qu’une autre vision de l’histoire se place nécessairement dans le camp du « mal », de la réaction, du conservatisme délétère. Pourtant, sans retomber dans la glorification patriotique de la nation et de son supposé destin, l’histoire de Michelet n’est pas exempte de critiques, et surtout propose une vision tout aussi morale que celle de ses prédécesseurs. Ensuite, les comparaisons trop hâtives entre les mouvements migratoires du néolithique, et de l’antiquité, et les migrants de Calais, sont tout de même une petite manipulation de l’histoire, et nul besoin d’être savant pour voir la ficelle un peu grosse. Même reproche concernant la notion de frontière, présentée peut-être un peu rapidement comme n’étant pas naturelles, et en effet un fleuve, une mer, une chaîne de montagne ne déterminent pas un ligne de démarcation et c’est bien le cours de l’histoire qui le fait. Mais en disant que l’histoire aurait pu suivre un autre cours, le personnage de Michelet évacue aussi la volonté de certains peuples et communautés à vivre entre eux : les frontières sont parfois aussi dressés par les peuples qui y voient avant tout une protection. On peut bien sûr énoncer une critique des frontières, et cela aurait justement été mieux servi par un propos plus détaché.

En dehors de ces trois points, l’aventure apporte des éclairages très documentés sur des faits historiques précis, en mentionnant systématiquement les sources permettant de présenter certaines représentations courantes mais erronées, comme par exemple, le casque gaulois avec deux ailes, ou des témoignages précis concernant Jeanne d’Arc. On apprend donc vraiment des choses dans cette BD, même si on n’est pas totalement novice sur le sujet, et c’est bien le but.

Mais la plus grande réussite et l’originalité de La balade nationale, pour moi, est de proposer, comme une mise en abyme, une réflexion sur les représentations dessinées de l’histoire : quelle est la place de l’image dans la transmission historique, dans ses représentations et tentatives d’utilisation ? A cet égard, les explications sont passionnantes et ouvrent une large perspective sur le lien étroit entre images, illustrations et histoire.

A la suite du récit dessiné, un dossier historique de 50 pages, suivi d’une solide bibliographie, complète l’ouvrage par une biographie de chacun des personnages, puis par un approfondissement des questions évoquées lors du voyage : avant la Gaule, les tableaux de l’histoire, l’histoire et l’image.

Érudit mais accessible par une présentation claire et graphiquement réussie, La balade nationale, bd et dossier, ne se contente pas d’exposer des thèmes sans lien, mais les relie dans une démonstration vivante qui nous invite surtout à aller plus loin, et nous apprend surtout que l’histoire s’interroge sans cesse.

Informations éditoriales :

La balade nationale, Etienne Davodeau et Sylvain Venayre, La Revue Dessinée, 2017, 128 pages, 22 €.

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La balade nationale

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Underground Railroad, de Colson Whitehead, 2017 ⚠️⚠️⚠️

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Roman magistral, à la fois récit d’une fuite, récit d’aventures terribles, récit épique, qui interroge et réécrit les mythes américains.

Underground Railroad était le nom d’un réseau de routes clandestines utilisées par les esclaves noirs américains au XIXe siècle. Dans son roman, Colson Whitehead lui donne chair en quelque sorte, en le transformant en véritable réseau ferré souterrain, relié de gare en gare par des esclaves fugitifs ou des abolitionnistes.

Son roman retrace la fuite de Cora, jeune esclave dans la plantation des Randall, en Caroline du Sud. Mais autour de Cora plane l’ombre portée de sa mère, Mabel, une des rares esclaves en fuite à n’avoir jamais été retrouvée, et celle d’Ajarry, sa grand-mère, arrachée à sa terre d’Afrique. Récit d’une fuite, ce roman puissant est mené de façon alerte et se dévore littéralement. Le style sobre et élégant de Colson Whitehead ne cache rien des actes de barbarie pratiqués sur les esclaves dans les plantations, sur la déshumanisation dans les cales du négrier, mais il le fait sans pathos, sans faire de l’horreur un objet fascinant ou complaisant. Le roman vaut cependant avant tout par sa richesse d’invention. Plus qu’une lecture de l’Histoire, on peut y lire bien plus que le procès de l’esclavage.

On est frappé notamment par la place centrale du livre, de la lecture, dans le processus d’émancipation de Cora. Sa fuite est aussi métaphorique : il ne suffit pas de briser les chaines pour être libre. Ce leitmotiv revient comme des jalons dans le roman : l’esclavage déforme bien plus sûrement les esprits que les corps. Cora apprend à lire, échappant à un maître qui crève les yeux d’un esclave qui avait osé regarder une pancarte. Dans un processus poignant, elle persévère dans son apprentissage et se passionne pour les almanachs, avant de dévorer les livres d’une bibliothèque clandestine consacrée aux premiers écrits d’auteurs noirs. On sent la volonté de Colson Whitehead de rendre hommage à ceux, noirs ou blancs, qui, malgré le dénuement et la souffrance de leur condition, ont écrit, publié ou aidé à publier, recueilli les histoires et la mémoires des africains déracinés. Comme si la première des réparations était de redonner une mémoire écrite à ceux coupés définitivement de leurs racines.

La prédilection de Cora pour les almanachs nous ramène à un autre élément central du livre : la terre. Ressort principal des mythologies et particulièrement de la mythologie américaine, la terre est-elle celle des indiens, premiers habitants, celle des pionniers, ou celle de ceux qui la travaillent ? La question est posée, au travers ce minuscule lopin de terre qu’Ajarry, la grand-mère, puis Mabel, et enfin Cora ont cultivé et défendu, au sein même de la plantation. Objet de toutes les convoitises, il est la seule chose qu’a jamais possédé Cora. Symbole de la résistance, d’une terre perdue, d’une terre à reconquérir, d’un avenir à construire, c’est en tout cas une des réussites de l’écriture de Colson Whitehead de proposer des symboles riches d’interprétations, en créant ainsi une nouvelle mythologie littéraire.

Le roman peut aussi se lire comme une quête de la mère. Mère à la fois recherchée et rejetée, a-t-elle réussi à gagner sa liberté ? A-t-elle abandonné sa fille ? Cora doit grandir sans savoir et trouver qui elle est, savoir ce qu’elle veut. L’absence de Mabel parcourt tout le roman, et se clôt sur elle. C’est une autre force de ce roman, une construction parfaitement équilibrée, qui emmène inéluctablement le lecteur vers la gare d’arrivée.

Au terme de cette fuite, et de cette lecture, se pose bien évidemment la question de la liberté : Cora échappera-t-elle aux chasseurs d’esclaves ? Mais tout le roman invite à une réflexion plus large sur la liberté, au travers des différentes expériences de Cora : simulacre de liberté en Caroline du Nord, liberté précaire dans l’Indiana, liberté surveillée dans un grenier, le chemin sera encore long. Mais on est prêt à repartir sur la route avec Colson Whitehead.

Informations éditoriales :

Underground Railroad, de Colson Whitehead, Albin Michel, 2017, 416 pages, 22,90 €.

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La Terre des fils, de Gipi ⚠️⚠️⚠️

Chef-d’œuvre !

la terre des filsPrimé quatre fois en 2017 par Quai des bulles à Saint-Malo, par les Utopiales, par le grand prix RTL de la bande dessinée, grand prix de la critique ACBD 2018, j’avais hâte de lire cet objet graphique sombre et intrigant.

« Sur les causes et les motifs qui menèrent à la fin, on aurait pu écrire des chapitre entiers dans les livres d’histoire.

Mais après la fin aucun livre ne fut plus écrit ».

Dans un paysage désolé et stérile, un père et ses deux fils survivent, sur une cabane lacustre, dans un univers post-apocalyptique où rien ne pousse, où l’on récupère les os humains, où l’on mange les chiens. Nulle tendresse du père envers ses deux fils, qui apparaissent dès les premières pages comme des êtres primitifs, l’un tondu, l’autre hirsute, qui n’échangent que quelques paroles utiles dans un langage pauvre. Pourtant ce langage à la syntaxe malmenée devient au fil des pages poétique. Seul le père possède le langage : il écrit dans un carnet, tandis que ses deux fils l’espionnent, sceptiques et hébétés. Dans cette œuvre sombre où l’amour a disparu, où l’humanité a disparu, c’est finalement le livre qui deviendra le centre de la quête des deux fils.

Le dessin de Gipi, crayonné noir sur blanc, sobre, a quelque chose d’urgent, de rapidement esquissé, de faussement naïf, qui sert parfaitement ce récit au bout de l’enfer.

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Cernés par le lac, les deux fils ont interdiction de s’aventurer au-delà, et de toucher aux cadavres rejetés par le lac. Ils sont seuls, avec le voisin Anguillo et la sorcière. Plus loin vivent deux jumeaux « Grossetête » dont ils ne savent rien sinon qu’il ne faut pas s’en approcher.

Mais un jour, leur père ne rentre pas du lac. Une fois leur père disparu, son cahier, objet de fascination et de rejet, devient la quête du cadet : qu’est-il écrit dedans ? Et bien entendu, en sous-texte, est-ce que mon père m’aimait ? Tout au long de leur voyage initiatique, les fils découvrent et pratiquent aussi, au début, la barbarie du monde qui les entoure. Dans cet univers hostile, on songe au roman de Cormac Mac Carthy, The Road, qui se joue entre un père et son garçon et où l’univers extérieur à la relation apparaît, simplement suggéré, comme le décor totalement effrayant d’une humanité réduite à ses instincts les plus barbares, telles les communautés d’hommes rencontrées par Rick dans le comics Walking Dead.

Une figure féminine émerge cependant de ce cauchemar : la sorcière. Amie, amante, mère, guérisseuse, le voile n’est pas vraiment levé sur son identité, mais c’est le seul personnage apportant chaleur ou réconfort dans ce monde vicié et empoisonné. Avant de tomber malade, le père va la voir pour y chercher des remèdes, et de l’amour. Ses deux fils iront la trouver pour savoir que faire lorsque leur père ne revient pas du lac, pour savoir si elle sait lire, afin de les aider à percer le mystère des mots écrits dans le cahier. Des mots illisibles pour les fils mais illisibles aussi pour le lecteur : pas moins de dix pages du roman graphique sont noircies par cette écriture fine et délavée par l’eau du lac – ou par les pleurs du père :

Mais cette entrevue est interrompue par Les Fidèles. Horde terrifiante et glaçante, les Fidèles vénèrent le dieu Trokool, arborent des tee-shirts avec des smileys, et attendent les like de l’ « uberprêtre ». Êtres primitifs d’une ère post-technologique, ils se révèlent de véritables barbares, pratiquant viols, torture, esclavagisme. Mais la technologie a disparu : il ne reste que les mots, vides de sens, qui désignent alors des pratiques archaïques, et servent une pensée où la raison, la science froide a laissé la place à la superstition, l’absurde, la pensée magique. Vivant dans une usine dont on devine l’atroce production , on s’y sent comme aux dernières portes de l’enfer. Non sans ironie, Gipi affuble l’un des Fidèles d’un tee-shirt « Hotel California » : la mythique chanson dont, rappelons-le les paroles évoquent un lieu « qui peut être le paradis ou l’enfer », un lieu où « on est tous prisonniers de son plein gré », et qui se termine ainsi :

« And in the master’s chambers
They gathered for the feast
They stab it with their steely knives
But they just can’t kill the beast
Last thing I remember
I was running for the door
I had to find the passage back
To the place I was before
« Relax, » said the night man
« We are programmed to receive
You can check out any time
But you can never leave »

Cette référence nous invite peut-être à une interprétation de l’œuvre dense, sobre, puissante de Gipi. Qu’est-ce que la Terre des fils, sinon celle que nous voulons laisser à nos enfants ? Mais son récit n’est pas seulement une fable post-apocalyptique écologique. Elle nous rappelle aussi que ce qui compte, c’est l’amour et le livre. Or l’amour est dans le livre-cahier du père, et c’est finalement lui qui unit les deux frères et les sauve de l’enfer ; un enfer qui n’est pas seulement extérieur à nous, même s’il est ici figuré par les Fidèles, mais qui peut aussi être en nous : céder ou non à la déshumanisation et à l’instinct de violence. Comme la chanson le dit « they just can’t kill the beast ». La bête est en nous et on ne peut pas la fuir, mais on peut l’apprivoiser.

Informations éditoriales

La terre des fils, de Gipi, aux éditions Futuropolis, 2017, 288 pages, 23 €.

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Faith, tome 1 : A la conquête d’Hollywood ⚠️

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Un début prometteur pour une série drôle et enlevée !

J’avais envie de lire cette série depuis un moment, attirée par la couverture réussie, et la super-héroïne au physique généreux. Je ne suis pas particulièrement lectrice de comics Marvel ou DC, j’apprécie surtout Jonathan Hickman et Neil Gaiman, sans être une spécialiste. Autre motivation de ma curiosité, deux femmes parmi les auteurs signant ce comics chez Bliss Comics (qui édite les séries Valiant en France), outre Francis Portela : une jeune scénariste Jody Houser (scénariste pour Rogue One), et une française, Marguerite Sauvage : de quoi activer le girl power qui sommeille en nous.

Faith est une jeune femme dont les pouvoirs ont été activés par Peter Stanchek, dans la série Harbinger, de l’univers Valiant. Orpheline depuis l’enfance, elle a combattu avec un groupe nommé « Les Renégats ».

La série qui lui est consacrée prend résolument le parti de la légèreté, à la différence d’Harbinger, série plus sombre et plus violente. Si le scénario parait assez classique avec une secte de super-vilains extra-terrestres décidés à détruire l’humanité, l’initiative de développer ce personnage est à saluer à plusieurs titres. D’abord, on a souvent reproché aux comics et aux deux éditeurs poids lourds du secteur, Marvel et DC, l’hypersexualisation des personnages, notamment féminins. Si, historiquement, le lectorat était plutôt masculin, le public évolue et se féminise, les auteurs également, et la palette des personnages féminins tend à s’élargir. Ensuite, les super-vilains se révèlent en fait être des membres haut-placés de la société du spectacle à Hollywood, leur chef se nommant … « le réalisateur  » ! L’intrigue développe alors en arrière-plan quelques traits satiriques du milieu hollywoodien, notamment une starlette qui n’est pas celle que l’on croyait …

Faith est donc une jeune femme très gironde, passionnée de comics depuis l’enfance – réplique assez conforme du type de personnage de jeune garçon en marge trouvant refuge dans les aventures de super-héros, et se découvrant un pouvoir, qui lui permettra de prouver sa valeur. J’ai trouvé subtil que les auteurs ne fassent pas du poids de Faith un ressort de la narration : il n’en est jamais question dans ce premier tome et c’est très bien : ce n’est pas un sujet, ce n’est pas une tare, c’est juste ainsi. Faith a comme les autres super-héros un costume moulant, sans complexe et c’est vraiment rafraichissant. Le ton est à l’autodérision assumée : Faith projette ses fantasmes et se rêves, et c’est Marguerite Sauvage, artiste française, qui leur donne vie dans des séquences qu’elle dessine spécifiquement. Les couleurs de ces séquences ont une identité un peu vintage, pop-art façon Roy Lichtenstein, mais avec des tons peu employés dans le comics, dans un camaïeu de vieux rose, de bleu-gris perle, à l’opposé des couleurs criardes que je n’aime pas trop dans certains comics populaires. Surtout, ces pages sont très espiègles, ainsi celle où Faith super-héroïne sauve dans ses bras dodus un jeune homme énamouré pour l’emmener dans la « Zephyrcave », Zephyr étant son autre pseudo d’héroïne.

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On appréciera aussi le personnage de la vie civile « Summer Smith », modeste pigiste pour Zipline, un site people. Ce n’est pas le boulot de ses rêves, mais voilà, Faith est comme nous, elle fait de son mieux, et avec le sourire ! Tout est fait pour que le lecteur s’identifie à ce personnage de jeune femme célibataire, nerd, dans une mégalopole où elle est venue chercher « une vie de rêve ». Ce premier tome « A la conquête d’Hollywood » nous propose une réécriture de l’American Dream, sans mièvrerie, mais sans pessimisme excessif non plus, où l’humour arrondit les angles. Pas de super-équipe, pas de grandiloquence, comme le dit Faith, son histoire est composée de « grands et petits moments ». Et c’est déjà pas mal !

Informations éditoriales :

Faith, à la conquête d’Hollywood, tome 1, de Jody Houser, Francis Portela, Marguerite Sauvage, Bliss Comics, 2017, 128 pages, 15€.

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Faith

Femmes en marge 1/3 : Betty Boob, de Véro Cazot et Julie Rocheleau

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Hommage au graphisme art-déco

Voici un magnifique objet graphique non identifié (OGNI) ! Betty Boob est un album muet qui s’amuse avec les codes du cinéma muet. Le récit d’Élisabeth, jeune femme que le cancer a privé d’un sein, de ses cheveux et qui a fait fuir son amoureux, est ponctué de pages noires où figure un dialogue, avant de reprendre son fil, muet, mais en couleurs.

Et quelles couleurs ! L’auteur travaille sur ses doubles pages sur des camaïeux, par exemple ici sur le rouge : le vin, le sang, la pomme, et bien sûr le rouge symbolique, l’amour, la violence.

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Joie en tout temps

On songe aussi, pour la page de droite au film Les chaussons rouges. Le travail de Julie Rocheleau épouse parfaitement le scénario tragico-burlesque de Véro Cazot. Ici, son découpage très dynamique à la façon des comics américains nous montre sa patronne aux boucles d’oreilles en forme de dollars, qui surveille les poitrines de ses vendeuses dans ce grand magasin pour dames, qui nous évoque immédiatement Au bonheur des dames (autre lecture recommandée pour le mois de mars!). La patronne, Big Sister, est une super-méchante : sans empathie, elle renvoie la pauvre Elisabeth, car dans le monde imaginé par Véro Cazot, on exige deux seins, un sourire, et de la« joie en tout temps » dans le contrat de travail : rappel d’une époque qui érotise pour marchandiser les corps, qui érige le porno – autrefois subversif et transgressif -en esthétique publicitaire, mais cache les corps différents, vieux, malades, gros petits, « incomplets ». Vestige de sa vie passée, Elisabeth trimballe avec elle un petit paquet charmant où git son sein ôté.

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On mendie dans la rue pour quelques sous, ou pour un sein.. On ne braque pas les bijouteries mais les vendeuses de seins de substitution comme dans la boutique « Le sein Graal » !

Renaissance burlesque et flamboyance

D’ailleurs, Elisabeth voit le monde qui l’entoure épuré de ce lui semblait essentiel mais qui se trouve parfaitement dérisoire, faussé et factice : son job, son compagnon qui ne peut pas l’aimer telle qu’elle est, et finalement son apparence, et celle qu’elle est vraiment. Cette révélation progressive est dévoilée par la perte du sein et des cheveux. Une fois le vide fait, il lui reste à se trouver elle-même : c’est alors que va naître Betty Boob, la femme au sein unique.

Cette renaissance prend corps au côté d’une troupe burlesque, dont les membres jouent leur show sur leurs particularités physiques : tares dans le monde factice et normatif, qui a précédé dans l’album, elles deviennent sexys et drôles dans le spectacle qui sublime les corps : rondeur d’une femme gironde, mastodonte au tout petit pénis, femme-allumette sans poitrine. Cet univers m’évoque deux autres œuvres : Tournée, de Mathieu Almaric, film retraçant la tournée d’un cabaret burlesque, pour l’ambiance si particulière au genre : libertaire et punk avant l’heure, le cabaret burlesque célèbre les corps avec un humour absurde et parfois horrifique, dans un mélange improbable de poésie et de sensualité baroque et incarnée. L’autre œuvre, c’est Au revoir Là-haut, le film et l’adaptation en BD, pour les couleurs, et les costumes, qui comme l’intrigue, jouent sur une esthétique du flamboyant, du masque et du déguisement, de la malformation et de la reformation de l’être.

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Avant de renaître, plusieurs étapes seront nécessaires, que je vous laisse la joie de découvrir dans ce superbe album.

Œuvre féministe et humaniste, immense travail graphique et poétique, on ne peut que saluer la performance de Julie Rocheleau et Véro Cazot.

Informations éditoriales :

Betty Boob, scénario Véro Cazot, dessin Julie Rocheleau , éditions Casterman, 2017, 180 pages, 25€.

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Betty Boob

Et à Caen :

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